Je cours et regarde ma montre. Merde merde merde. Les sismographes s'agitent. Il fait chaud, l'air est oppressant, quelques sons difformes me parviennent malgré le brouhaha des autres voyageurs. Un sac sur mon dos, un autre à la main. De quoi ai-je l'air ? D'un abruti certainement ; d'un volcan plutôt : je souffle et sur mon visage rouge se déversent des torrents du sueur. Bon j'espère que personne ne me connaît ici, passer pour un loser devant des inconnus je dois encore pouvoir assumer. Composter ? Non, pas le temps. Le quai ? Le 12. Courir encore. Les escaliers ? Quatre à quatre. On n'a pas idée de faire des quais si loin des gares. Penser à respirer, ne pas suffoquer maintenant. Ouf, le long train bleu est encore là, plus que quelques marches. C'est lorsque l'espoir revient que l'incompréhension est la plus forte : les portes se ferment. Je pose un pied sur le quai et le train s'ébranle. C'est l'explosion interne, la lave passe dans les veines temporales trop petites, le coeur gronde dans un bruit sourd, la chaleur remonte et les pores sont en feu. Il accélère. C'est à ce moment que l'on comprend qu'il est trop tard. Il n'en finit pas passer, de plus en plus vite, il me nargue. Le souffle du train caresse mon visage, les gouttes de sueur qui perlent sur mon visage sont glacées maintenant. La pression retombe, c'est fini.