Valérie Pécresse est le nouveau[1] ministre de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche, mon ministre de tutelle donc.

Je ne parlerai pas de l'enseignement supérieur que je ne connais pas assez. Ce billet est mon point de vue en tant que jeune chercheur.

Les premières réactions sont unanimes : Valérie qui ? Ce nom me dit quelque chose, mais je ne vois pas trop de qui il s'agit.

Valérie Pécresse est connue non pas pour ce qu'elle est, mais pour ce qu'elle fut : la très agressive porte-parole du candidat Nicolas Sarkozy. Bien que ce dernier ait promis un gouvernement des compétences, je ne peux m'empêcher de penser que ce poste est une récompense à celle qui l'a vaillamment servi. L'idée que son sexe l'ai aidée pour arriver à un tel poste ne m'a même pas effleuré.

Rien ne laisse penser qu'elle connaisse le monde de la recherche publique, encore moins celui de la recherche fondamentale.

La plus grande partie de son temps sera consacrée à l'enseignement supérieur : réforme de la gouvernance des universités, droits d'inscription et/ou concours d'entrée, etc. Elle ne chômera pas. J'espère donc qu'elle ne se concentrera pas trop sur la recherche et qu'elle ait une vision moins étriqué que notre président sur le rôle de la recherche fondamentale.

La recherche publique fut très déçue du gouvernement précédent : les crédits promis n'ont pas été alloués et la création de l'ANR est le plus souvent mal vue.

Mais Valérie Pécresse est peut-être celle qui pourra répondre à la question des crédits. Elle va travailler dans un milieu qui lui est déjà hostile : elle est de droite et deux des trois membres de son cabinet ont eu de grandes responsabilités à l'ANR. Ses marges de manoeuvres seront étroites, mais réelles. L'ANR sera pour elle une véritable arme pour transformer le mode de financement de la recherche, en donnant une priorité sur les projets à la mode anglo-saxonne.

Les crédits donc comme moyen de négociation : je vous donne votre argent, mais je décide comment il sera utilisé : ce sera l'ANR qui le répartira. Il est aussi important de noter que Valérie Pécresse est, somme toute, une proche de Nicolas Sarkozy. Ainsi contrairement à des parachutés de gauche dans ce gouvernement[2], il est moins probable qu'elle se retrouve avec des bâtons dans les roues.

Philippe Gillet est son directeur de cabinet. Directeur de l'École Normale Supérieure de Lyon, normalien de la rue d'Ulm, on objecterait vite qu'il est aussi mal placé que Valérie Pécresse pour comprendre l'université. Heureusement, cela est faux. Les ENS sont des universités, un peu particuliers certes, mais elles en sont. Je mets ici en avant le caractère profondément pragmatique de M. Gillet. Lyon regroupe quatre facultés (Lyon I, Lyon II, Lyon III et la faculté Catholique), deux ENS, plusieurs écoles d'ingénieurs, un IEP, et d'autres écoles spécialisées. Elles sont toutes en train de se réunir sous les nom de Université de Lyon dont Philippe Gillet est un fervent constructeur.

Philippe Gillet allie une profonde connaissance du système bureaucratique de la recherche et de l'enseignement publique en France à une belle carrière scientifique.[3] Gageons donc qu'il aide Valérie Pécresse, car mon sentiment est qu'elle en aura bien besoin.

Les deux autres membres de son cabinet me sont totalement inconnus. Une remarque : où sont passés les littéraires ? J'aurais bien aimé voir un philosophe par exemple...

Je ne comprends toujours pas pourquoi elle occupe ce poste de ministre. J'apprécie assez la nomination de Philippe Gillet et regarde l'augmentation du pouvoir de l'ANR qui s'annonce avec suspicion. J'espère que les crédits supplémentaires seront octroyés intelligemment, en priorité pour donner aux laboratoires les moyens de fonctionner correctement et de réduire fortement la précarité des jeunes chercheurs. Avec ce gouvernement, l'élargissement des passerelles entre recherche publique et recherche privée est inéluctable. Ce n'est pas une mauvaise chose en soi, mais il faudra être très vigilant quant au rôle de la recherche fondamentale dans l'organisation qui est en train de dessiner.

Notes

[1] où la nouvelle, comme vous souhaitez

[2] ou voire même des chiraquiens

[3] Bien qu'ils soit géologue et que je ne peux donc vraiment juger par moi-même, je me le suis souvent laissé entendre