Valérie Pécresse met son Gillet
Par Celui le mardi 22 mai 2007, 20:20 - It works, bitches! - Lien permanent
Valérie Pécresse est le nouveau[1] ministre de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche, mon ministre de tutelle donc.
Je ne parlerai pas de l'enseignement supérieur que je ne connais pas assez. Ce billet est mon point de vue en tant que jeune chercheur.
Les premières réactions sont unanimes : Valérie qui ? Ce nom me
dit quelque chose, mais je ne vois pas trop de qui il s'agit.
Valérie Pécresse est connue non pas pour ce qu'elle est, mais pour ce qu'elle fut : la très agressive porte-parole du candidat Nicolas Sarkozy. Bien que ce dernier ait promis un gouvernement des compétences, je ne peux m'empêcher de penser que ce poste est une récompense à celle qui l'a vaillamment servi. L'idée que son sexe l'ai aidée pour arriver à un tel poste ne m'a même pas effleuré.
Rien ne laisse penser qu'elle connaisse le monde de la recherche publique, encore moins celui de la recherche fondamentale.
La plus grande partie de son temps sera consacrée à l'enseignement supérieur : réforme de la gouvernance des universités, droits d'inscription et/ou concours d'entrée, etc. Elle ne chômera pas. J'espère donc qu'elle ne se concentrera pas trop sur la recherche et qu'elle ait une vision moins étriqué que notre président sur le rôle de la recherche fondamentale.
La recherche publique fut très déçue du gouvernement précédent : les crédits promis n'ont pas été alloués et la création de l'ANR est le plus souvent mal vue.
Mais Valérie Pécresse est peut-être celle qui pourra répondre à la question des crédits. Elle va travailler dans un milieu qui lui est déjà hostile : elle est de droite et deux des trois membres de son cabinet ont eu de grandes responsabilités à l'ANR. Ses marges de manoeuvres seront étroites, mais réelles. L'ANR sera pour elle une véritable arme pour transformer le mode de financement de la recherche, en donnant une priorité sur les projets à la mode anglo-saxonne.
Les crédits donc comme moyen de négociation : je vous donne votre
argent, mais je décide comment il sera utilisé : ce sera l'ANR qui le
répartira
. Il est aussi important de noter que Valérie Pécresse est, somme
toute, une proche de Nicolas Sarkozy. Ainsi contrairement à des parachutés de
gauche dans ce gouvernement[2], il est moins
probable qu'elle se retrouve avec des bâtons dans les roues.
Philippe Gillet est son directeur de cabinet. Directeur de l'École Normale
Supérieure de Lyon, normalien de la rue d'Ulm, on objecterait vite qu'il est
aussi mal placé que Valérie Pécresse pour comprendre l'université.
Heureusement, cela est faux. Les ENS sont des universités, un peu particuliers
certes, mais elles en sont. Je mets ici en avant le caractère profondément
pragmatique de M. Gillet. Lyon regroupe quatre facultés (Lyon I, Lyon II, Lyon
III et la faculté Catholique), deux ENS, plusieurs écoles d'ingénieurs, un IEP,
et d'autres écoles spécialisées. Elles sont toutes en train de se réunir sous
les nom de Université de Lyon
dont Philippe Gillet est un fervent
constructeur.
Philippe Gillet allie une profonde connaissance du système bureaucratique de la recherche et de l'enseignement publique en France à une belle carrière scientifique.[3] Gageons donc qu'il aide Valérie Pécresse, car mon sentiment est qu'elle en aura bien besoin.
Les deux autres membres de son cabinet me sont totalement inconnus. Une remarque : où sont passés les littéraires ? J'aurais bien aimé voir un philosophe par exemple...
Je ne comprends toujours pas pourquoi elle occupe ce poste de ministre. J'apprécie assez la nomination de Philippe Gillet et regarde l'augmentation du pouvoir de l'ANR qui s'annonce avec suspicion. J'espère que les crédits supplémentaires seront octroyés intelligemment, en priorité pour donner aux laboratoires les moyens de fonctionner correctement et de réduire fortement la précarité des jeunes chercheurs. Avec ce gouvernement, l'élargissement des passerelles entre recherche publique et recherche privée est inéluctable. Ce n'est pas une mauvaise chose en soi, mais il faudra être très vigilant quant au rôle de la recherche fondamentale dans l'organisation qui est en train de dessiner.
Commentaires
Tiens, un géologue, un peu comme Claude Allègre non ? (qui est géophysicien je crois, mais ça sonne proche).
NB: je ne peux te laisser écrire cet infâme pléonasme qu'est voire -même- , je te prie de gommer ce "même" superflu.
(corrigé)
Il est vrai qu'ils ont tous les deux des domaines de recherche assez voisins. Allègre s'est transformé en homme politique provocateur. Il en vit maintenant. Gillet est encore un universitaire, même s'il a de plus en plus de charges administratives.