R.E.R. ligne B, minuit 50. Nous sommes 3 dans mon carré : une homme, 35 ans, bien vêtu, mal rasé (übersexuel s'il faut le mettre en boîte) ; une femme, la cinquantaine, ordinaire qui malaxait son sac à main et moi, iPod sur les oreilles, mode je-m'en-fous-des-autres-et-surtout-que-personne-ne-vienne-jouer-de-l'accordéon.

Je remarque que des larmes coulent sur les joues de l'homme en face. Mais il n'a pas l'air de pleurer, le visage reste parfaitement neutre, immobile, et son regard perdu au loin. Il n'y a strictement aucune émotion sur son visage, pas le moindre spasme, rien. La dame se penche doucement vers lui et s'ensuit cette conversation :

- Vous allez bien, monsieur ?
- Excusez-moi, je sais que la vie est dure pour tout le monde, vous n'avez pas besoin de moi pour vous le rappeller. Mes larmes sont indécentes.
- Mais... euh...

Il n'a à peine bougé ses lèvres et gardé son air neutre, comme totalement anesthésié par une douleur insoutenable. C'en est presqu'effrayant. Il s'est essuyé le visage d'un geste économe et est retourné dans son monde de songes.