Vésec'
Par Celui le lundi 16 juillet 2007, 17:17 - Politique - Lien permanent
Dans les rues parisiennes, à la télévision et sur les blogs, le vélib' a fait un départ dans l'air du temps. On peut lire de-çà de-là de bons billets sur le vélib'.
Quel beau nom vélib'
! Une telle sucrerie mérite un billet,
assurément.
Si l'on essaye de nous vendre cette solution comme un acte de pragmatisme majeur, il n'en reste pas moins que c'est un acte idéologique profond. Comme toute la question des transports parisiens, d'ailleurs.
Mettre le mot liberté dans le nom d'un moyen de transport, c'est idéologique. À en croire mon expérience du velov, le velib' lyonnais, le velib sera avant tout un catalyseur de la modification des modes de transports dans Paris intra-muros. Les pistes cyclables inutiles seront recyclées[1], des carrefours modifiés. Le vélib', c'est le bélier qui décharne[2] la porte des modes de transports, et l'ouvre sur un nouvel horizon. Une clé aurait peut-être été plus utile. Mais un bélier est plus spectaculaire, il convient parfaitement à la politique moderne, donc.
Mais où se trouve la liberté ? Parce que l'utilisation des vélib' est sertie d'un carcan de contraintes. Des contraintes spatiales dictées par l'emplacement des stations, des contraintes temporelles avec les durées d'emprunts, des contraintes de mouvement avec le code de la route à respecter, et des contraintes cinétiques, 3 vitesses pour 22kg, c'est un bridage[3].
Non, le vélib n'apporte à court terme aucune liberté nouvelle, il apporte une sécurité. La sécurité de ne pas se faire voler son vélo ; la sécurité de trouver, après le dernier métro, un moyen de transport populaire ; la sécurité de rouler toujours avec un vélo en état de fonctionnement, par exemples.
Vésec'
, laideur auditive, aurait cependant était un nom plus
approprié.
À long terme, il y a une différence.
Les images que me crachait le JT d'hier soir étaient très révélatrices ; on y voyait les premiers utilisateurs prendre des libertés avec le code de la route : trottoirs et sens interdits deviennent des pistes cyclables de fait. Il va falloir à Paris, comme cela commence à Lyon, revoir les droits des cyclistes. Si l'on souhaite que le vélo devienne un moyen de transport de masse il faut libérer son utilisation. Permettre, pourquoi pas, comme aux Pays-Bas l'utilisation des sens interdits, accorder aux vélos la priorité sur les voitures, fournir un véritable espace de circulation aux vélos - et à tous les deux roues - placer à côtés des stations RER des parkings conséquents, supprimer les pistes cyclables accidentogènes, en une sentence : construire un plan de circulation pour les vélos.
Le vélib' peut permettre à long terme de changer la mentalité pour concevoir les transports urbains sans biais. De ne pas privilégier tel ou tel, mais d'utiliser pleinement la diversité et la complémentarité des modes de transport. Rien n'est à exclure ; il doit y avoir entre les modes de transport une concurrence libre et non faussée.
Le vélib' est le catalyseur qui va accélérer cette prise de conscience.
Puisqu'idéologique, l'autre avantage du vélib' est éminemment politique. À Lyon, de nombreuses langues prédisent la victoire de Gérard Colomb aux municipales de 2008 par le simple truchement du vélov. À Paris, le vélib' n'est qu'un symbole qui va profiter aux (électeurs) parisiens, et les transports des banlieusards, de plus en plus sinistrés, vont s'effacer au profit de ces nouveaux héros que sont la ligne 14, le tramway et le vélib'.