Le spleen du dimanche soir
Par Celui le lundi 17 décembre 2007, 02:13 - /lost+found - Lien permanent
L'épais silence du dimanche d'hiver est
transpercé par le ronronnement d'une berline qui longe les voies du tram de la
rue du Temps. Ses phares projettent sur les façades des ombres
fantasmagoriques, des créatures éphémères qui peuplent la nuit. Trois étages
plus haut, il contemple. Il sent la chaleur du chauffage qui qui brûle ses
cuisses. Il est obligé de mettre de le mettre à fond, l'isolation, décidément,
est mauvaise. Le chauffage est surmonté d'une immense fenêtre aux boiseries
vieillottes. La vitre est fine, très fine, tant pis pour le réchauffement
climatique. Il lui semble qu'elle dégage un léger souffle glacial sur son
visage. Il aime cette dualité dans ses sensations. La voiture atteint le bas de
la rue, tourne, puis disparaît. Il se retrouve seul. C'est dans son reflet
qu'il aperçoit une larme qui hésite à s'échapper du sillon de son œil, à
quitter son berceau. Le dernier tram s'ébroue dans un bruit sourd et les
crépitements des caténaires, qui, en signe d'au revoir, laissent échapper un
éclair. Il cligne des yeux pour se protéger de la violence de la lumière. Le
liquide lacrymal prend sa liberté.
Dans son dos, la radio mélancolise :
Une fois au moins dans sa vie,
De préférence la nuit,
Sous la pluie, écouter Chet Baker
Au fond d'une Studebaker signée Raymond Loewy ;
Écouter Chet Baker, pleurer sur tout ce qui s'enfuit
Se dire que c'est fini jusqu'à tout à l'heure.
Quelle langueur pour quelqu'un d'à peine 20 ans...