Faux grossier
Par Celui le vendredi 11 avril 2008, 16:23 - It works, bitches ! - Lien permanent
C'est l'Émoi aujourd'hui avec la réception sur plusieurs mailing-list d'universités françaises d'une lettre écrite par Bernard Saint-Girons, directeur général pour l'enseignement supérieur (qui travaille donc au cabinet de Valérie Pécresse) envoyée aux présidents d'universités et daté du 4 mars.
Voci son contenu :
Objet : Charges d'enseignement et heures complémentaires
Comme vous le savez, le déficit public atteint aujourd'hui cinquante milliards d'euros. A l'instar des autres organisations, le ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche doit apporter sa contribution à la réduction de ce déficit innaceptable.Depuis plusieurs mois, de nombreuses études ont été conduites et la réunion d'éléments suffisamment riches doit permettre l'ouverture d'un dialogue approfondi avec l'ensemble des partenaires professionnels représentés au sein des diverses commissions.
Parmi les scénarii proposés, une proposition semble recueillir l'approbation de nombreuses instances. Afin d'augmenter le pouvoir d'achat des enseignants chercheurs, le taux de l'heure complémentaire sera porté à 75 euros soit une augmentation de 25%. En contrepartie, la réduction du déficit public passerait par une petite augmentation de la charge d'enseignement qui atteindrait 220 heures équivalent TD, soit à peine 10 en valeur relative[1].
Cette proposition sera débattue lors du prochain collectif parlementaire et je ne manquerai pas de vous tenir informé.
Un démenti officiel est rapidement tombé, et je crois effectivement que c'est un faux grossier. Il y a toute les recettes d'un bon troll dans cette lettre : langage trop direct, mauvaise foi.
Ce qui est significatif en revanche, c'est la vitesse à laquelle elle a fait le tour des universitaires et donc du crédit qui lui a été porté. Non pas comme on me l'a dit de-ci de-là la preuve que nous nous attendons tous à nous faire avoir avec la LRU, mais d'une défiance hors du commun du cabinet ministériel actuel, du malaise entre chercheurs et ministère.
Le dialogue n'est pas rompu mais il est délicat, et je comprends que le ministère communique au compte-goutes sur ses intentions réelles tellement il a accusé de tous les maux à chaque nouveau mot.
La preuve en est que certains ne croient pas toujours pas à la théorie du faux (nous sommes 10 jours après le premier avril, une telle lettre du 4 mars aurait déjà fait beaucoup de bruit, il n'y a pas de numéro de communication,...), parlent de ballon d'essai, mettent en doute la véracité du démenti et attendent confirmation de la part des syndicats. Un tel endoctrinement est néfaste à la cause qu'il croit servir.
Notes
[1] Actuellement, la charge est de 192 heure équivalent TD
Commentaires
Auriez-vous le texte du "démenti officiel" ? Je ne l'ai pas trouvé sur le site du ministère...
Te voilà propulsé en première ligne dans la blogosphère "lettres et sciences humaines". J'imagine que pour certains, la prise de contact avec l'informatique quantique s'est révélée plutôt rude. Heureusement que tu n'en parles pas très souvent.
@Baptiste. Désolé de répondre si tardivement, mais vous avez trouvé votre bonheur ailleurs. Pour ceux qui chercheraient (encore) le démenti officiel, il est sur le blog de Baptiste Coulmont.
@Denys, c'est réciproque, je trouve une certaine violence dans les termes policés et l'érudition de certains blogs de LSH qui m'évite de m'aventurer trop loin.
En effet, j'ai fini par trouver le démenti... Et aujourd'hui, je découvre que le ministère va porter plainte...
http://www.nouvelleuniversite.gouv....
«Le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche est victime d’un "faux courrier" intitulé "charges d’enseignement et heures complémentaires", qui "évoque une augmentation de la charge d’enseignement des enseignants chercheurs pour réduire le déficit public". Le ministère oppose un démenti formel à ce faux et va porter plainte pour faux et usage de faux auprès du procureur de la République.»
La grosse artillerie pour un poisson d'avril. Le moins que l'on puisse dire c'est que le gouvernement à le sens de la mesure ;-) (Bah, après tout il ne fait qu'emprunter la voie que Nicolas Sarkozy a tracé.)