De la facilité d'être eurosceptique
Par Celui le mardi 29 avril 2008, 18:29 - Politique - Lien permanent
Billet coécrit avec Zarb
Je suis très chatouilleux sur l'Europe, je n'aime pas quand l'Union devient un épouvantail. On connaît les penchants d'une certaine gauche à vilipender la Commission, bastion inexpugnable de libéraux sans conscience, et d'une certaine droite souverainiste. Mais il y a pire, il a ces relents de chiraquisme qui traînent : le moindre progrès en France est dû à la politique ambitieuse du président et de son gouvernement, les soucis naissent à Bruxelles.[1] Le problème, c'est que la droite n'arrive pas à se débarrasser définitivement de cette manie ; l'opportunisme de Nicolas Sarkozy sur cette question me navre en permanence. Mais l'on connaît les penchants du personnage. En revanche, le voir sous plume cultivée d'Authueil est plus surprenant.
Dans son billet sur le brassage d'air de Laurent Fabius, dont l'argumentation générale me convainc dans l'ensemble, on peut lire :
Troisième obstacle, l'Europe, qui verrait d'un très mauvais œil une telle initiative. Au nom d'un certain nombre de dogmes, l'Union Européenne déteste les interventions de l'État sur les marchés. Il est aujourd'hui impossible de nationaliser, sauf risque de faillite imminente, et encore avec désengagement annoncé de l'Etat une fois que la situation s'améliore. Un fonds souverain, chargé d'intervenir au sein d'entreprises industrielles, comme un faux nez d'un État, cela n'a aucune chance de passer l'obstacle Bruxelles ! Pour ceux qui l'auraient oublié, la Norvège ne fait pas partie de l'Union Européenne, elle peut donc avoir son fond souverain.[2]
Cette dernière phrase cependant est fausse. La Norvège et l'Union, c'est un peu comme la France et l'OTAN, la non-appartenance est plus du domaine du symbole.
La Norvège fait partie de l'EEE (Accord multilatéral Islande, Liechtenstein, Norvège, UE) et est soumise à la legislation communautaire. Elle reste cependant maître de la gestion de ses ressources (pétrole, gaz, agriculture, pêche) ce qui lui permet, entre autre, de protéger son agriculture et imposer des quotas de pêche dans ses eaux pour les pêcheurs étrangers.
En matière économique - y compris pour les ventes de ses ressources - elle doit donc se conformer totalement aux avis de Bruxelles, et en particulier sur la politique de concurrence. Elle a notamment dû, comme la France, ouvrir ses monopoles d'État (électricité, gaz, transports, etc...) sous pression des normes communautaires, et ne pourrait en aucun cas fausser la concurrence dans les domaines régis par l'EEE par une intervention importante de l'État dans l'économie, par le biais de son fonds pétrolier.
Être euroscpetique c'est facile, il suffit de dire n'importe quoi. Combien de temps le positionnement de Laurent Fabius pourra-t-il encore faire illusion ?
Commentaires
Mea culpa, savait pas pour la Norvège. Pour moi, on est dedans ou on est dehors...
Explique moi donc si Oslo doit se soumettre aux demandes de Bruxelles comme la France est contrainte de le faire. C'est nouveau pour moi. Promis, je ferai un lien rectificatif de mon billet vers ton billet explicatif.
Allez hop, maintenant au boulot, c'est bien de critiquer, mais il faut aller jusqu'au bout :-)
La Norvège a un pied dedans (ça porte bonheur)
Même si elle ne fait pas partie de l'Union, elle est fortement intégrée, et même totalement pour ce qui est de l'économie. Seule l'appartenance politique résiste encore. Elle se soumet à Bruxelles sur de très nombreux aspects exactement comme la France doit le faire. Ainsi la Norvège fait aussi partie de l'Espace Schengen : il y a entre l'UE et la Norvège la libre circulation des personnes, des biens, des capitaux et des services...