HQE, doctrine fascisante
Par Celui le jeudi 31 juillet 2008, 14:51 - /lost+found - Lien permanent
Les bâtiments fidèles à la doctrine HQE, ce sont des bâtiments qui n'ont même pas 20 ans de vie. (…) [Le matériau] le plus recyclable et le plus écologique, pour moi, c'est le béton parce qu'on est dans une chaîne de production courte. (…) Le HQE, au delà du gâchis énergétique qu'a déclenché cette doctrine extrêmement fascisante (il n'y a pas d'autre mot), irresponsable, c'est entre autre la mise au carré de la question …, de la narration, de l'interdit de la poésie.
[Rudy Ricciotti, Architecture = durable]
Je connais mal, très mal, le travail de Ricciotti. Mais je connais sa grande gueule. En ce moment, à la cité de l'architecture, il y a une petite exposition sur le pavillon français à l'exposition universelle de Shanghaï. Et des bâtiments présentés, celui de Ricciotti me semble justement le plus simple, le moins ambitieux, celui qui tombe dans les travers qu'il dénonce ici.
Mais HQE permet tout de même de faire des tours, et avec des formes innovantes. Je ne suis pas certain qu'il n'y ait qu'HQE à blâmer, les processus de décisions politiques y sont certainement pour beaucoup dans la tiédeur des projets actuels.
Commentaires
L'oracle nous parle en direct de Bandol, avec Bandor en arrière-plan. Il y avait du mistral, ce jour-là. Et je ne savais pas qu'en plus des ses études d'ingénieur et d'architecte, il avait eu le temps de passer quelques UV de sociologie ; remarque, c'est pas le premier.
Ce qui ne veut pas dire qu'il ait tort : HQE, c'est juste un label, une étiquette qu'on pose sur son bâtiment pour montrer qu'on a été un bon élève et qu'on a bien suivi les dernières recommandations à la mode. Alors que des constructions bien isolées, on en fait depuis la crise de l'énergie dans les années 70. En somme, c'est du fayotage, et Rudy, il aime pas les lèche-bottes. Tiens, ça pourrait faire un billet.
Oh oui, père Denys, raconte-nous l'histoire de Rudy-qui-n'aime-pas-les-fayots…
Rassure-moi, le lien vers http://www.tour-signal-ladefense.com sur le mot-clé "formes innovantes", c'est bien valable pour tous les projets sauf celui de Nouvel ?!
(rappel pour ceux du fond : Photo de la maquette du projet Nouvel de la tour Signal)
@Enro, l'archéologie blogosphérique est une science jeune, mais utile. Mon tout premier avis sur les projets ; mon avis général sur le travail de Nouvel ; et après avoir vu les maquettes à la cité (du patrimoine) et de l'architecture, je souhaite ardemment que le projet Fosters & Partners soit construit, et ça tombe bien, le terrain est plutôt libre.
J'avoue être mal à l'aise avec les « formes innovantes » en architecture : si cela peut être le projet d'un sculpteur, il me semble que l'art de l'architecte est plus celui (des formes) d'habiter. Ce en quoi quelques UV de sociologie ne font pas de mal.
Car hormis sa fonction de decorum (im)mobilier cher aux politiques soucieux de leur image, l'architecte est censé construire le cadre de vie, de travail, de promenade, de réflexion (on peut rêver) de ceux qui fréquentent l'environnement qu'il a imaginé. C'est pas rien.
Est-ce que cela compte ?
J'en sais rien. Des fois, même, j'en doute.
D'un point de vue technique bien que je ne sois nullement un spécialiste, si le béton a une chaine de production courte, il est extrêmement gourmand en énergie, d'autant qu'il ne se suffit pas à lui-même puisqu'il lui faut de l'acier pour se tenir debout sans compter sa durabilité problématique comme en témoigne les nombreuses recherches pour l'augmenter. Cela ne remet pas en cause sa plasticité et sa facilité de mise en œuvre mais peut-être son choix systématique et le coût de cette liberté de forme qui se traduit, a contrario, quand même, par une pauvreté esthétique de 99,9 % de cubes posés par terre.
@Otrynteus, la forme et le fond se complètent, même en architecture. Prenons la bibliothèque de Montréal, par exemple, on a l'impression d'être entre les rangées de livres alors même qu'on est à l'extérieur, et l'entrée invite, au choix, soit à pénétrer ce temple du savoir, soit au contraire à inciter les livres à aller se répandre. Ce qu'un simple bloc n'aurait jamais pu faire. Tisser les liens dans le tissu urbain, c'est aussi, avant tout, un travail sur les formes, anéantir les barrières.
En ce qui concerne le béton, les barages hydroélectriques français sont une bonne indication. Ils ont une cinquantaine d'années et sont soumis à des conditions extrêmes : ils commencent à suinter de plus en plus. Ce qui donne pour des constructions urbaines une durée de vie appréciable. Et le béton permet une grande variété de formes.