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Tag - Dessein intelligent

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dimanche 13 janvier 2008

Coming out

Première de mes résolutions de 2008, je le dis. Je sais qu'une telle déclaration peut, et certainement va, compromettre ma carrière scientifique, mais voyez-vous, il faut que ça sorte, ça me pèse de trop de faire comme les autres. J'assume ce que je suis.

Je suis créationniste.

Pire que tout pour la pensée unique qui formate notre monde, je suis vraiment créationniste, dans sa version hardcore, sa version biblique. Je ne me contente pas d'une interprétation que je bricolerais au-dessus du darwinisme.

On reproche au créationnisme de ne pas être une théorie, c'est à dire, de ne pas faire de prévisions accessibles à l'expérience. Or il s'avère que c'est faux. La fin des temps y est décrite, en détails et en paraboles dans l'Apocalypse de feu Saint Jean. La fin de l'espèce humaine ! Soit disant, l'évolution prédit l'avènement de post-humains, n'importe quoi, la vie ce n'est ni un roman de Michel Houllebecq ni de Dan Simmons. Les plus modérés des catholiques essayent de m'expliquer que l'apocalypse est en genre littéraire n'ayant pour seul but de me calmer, de me faire rentrer dans le moule. Ainsi procède ce qui vient du Malin.

À la fin des temps, nous verrons qui avait raison.

Le créationnisme est basé sur des faits, et sur un raisonnement, que l'on peut à dessein[1] nommer cartésien, le solipsisme.[2]

Le créationnisme n'empêche pas l'apparition de nouvelles espèces, elle affirme simplement qu'il n'apparaît plus d'espèces bonnes (Et Dieu vit que cela était bon), Lucifer possède lui aussi un pouvoir créateur, mais maléfique. Ainsi l'apparition de virus nouveaux (SIDA, SRAS) est parfaitement cohérent avec la théorie.

De même le créationnisme ne serait pas falsifiable. Là encore, on préfère discréditer la forme au fond. Allons-y, sauvegardons les apparences. Le créationnisme peut être réfuté, et de plusieurs manières. La moins probable est une révélation, où Dieu nous montre que la seule créature vivante qu'il sait faire est de l'ARN. Plus aisée, l'apparition d'une nouvelle espèce animale que l'Homme pourrait dominer.

Quand bien même elle répondrait à une quelconque utilité, la réfutation de ce type de discours péremptoire et militant ne présente donc aucune difficulté.[3] Et l'on pourrait aussi facilement discréditer l'évolutionnisme qui nous emmène sur des chemins intellectuels hasardeux.

Le darwinisme explique sans ciller que le plus fort est plus adapté sur le plus faible, et qu'il gagne ainsi sa place dans le monde. Ce genre de théorie fut très utilisée par l'Allemagne Nazie, tant pour l'extermination des Juifs que pour la germanification de l'est.[4] De même elle justifie l'attitude belliqueuse des USA envers les autres pays. Il est donc pour le moins étrange de voir l'extrême gauche française, population où le créationnisme est nié en bloc être à la fois fortement opposée aux USA dont le but de nous faire progresser serait légitimer, soit-disant, par une théorie scientifique. L'extrême gauche n'est décidément pas à une contradiction près.

Notes

[1] intelligent

[2] J'aime cette phrase qui fait savant, mais qui ne veut rien dire

[3] http://dirtydenys.net/index.php?2008/01/06/242-plonger-dans-le-gaz

[4] Point G.

mardi 6 novembre 2007

Spookytechnology (2/2)

Comme nano

Dans un récent papier déposé sur l'arXiv, base de donnée d'eprints, Charles Tahan propose le terme de spookytechnology pour désigner les applications de la théorie quantique de l'information. À l'heure où les premières applications rentrent dans l'ère industrielle, il faut se hâter de lancer la machine commerciale avec un terme qui parle au grand public, comme nanotechnologie, pour remplacer tous ces machins-ci quantiques et machins-ça quantiques, que sont les ordinateurs quantiques, la téléportation quantique, la cryptographie quantique,...

Mais, contrairement au terme de nano, Charles Tahan en proposant ce mot insiste sur deux aspects : il a un sens physique, et il est issu de la communauté des théoriciens (quantiques) de l'information.

Il enfonce le clou en concluant par :

Spookytechnology will find its place in the increasingly dense line of major technological revolutions began with the industrial revolution in the eighteenth century: quantum, info, bio, nano, spooky.

Une idée sinistre

Non seulement ce terme est ridicule, mais il ne répond pas aux objectifs demandés.

Comment traduire spookytechnology ? Technologie sinistre ? Technologie qui fait froid dans le dos ? Technologie étrange ? Bref, rein de très commercial. Le plus commercial, en fait, c'est garder ce nom de spooky, très Star Wars. Mais avouons que proposer un terme pour son sens et le garder pour sa sonorité n'est pas vraiment atteindre l'objectif.

D'ailleurs, d'où lui vient cette idée ? Dans un des plus célèbres article d'Einstein, Can quantum mechanical description of physical reality be considered complete?, coécrit avec Podolsky et Rosen, d'où les dérivés paire EPR et paradoxe EPR, il est écrit spooky action at distance pour parler de la non-localité. Et voilà, rendons à Einstein ce qui ne lui appartient pas, spookytechnology est là. Quantumtechnology, ça fait XXème siècle, les lasers et les transistors, c'est pour ça qu'il faut un mot nouveau, un nouvel emballage — société de consommation, quand tu nous tiens — alors quoi de plus naturel que de retourner aux sources de la mécanique quantique ?[1]

Enfin, on ne peut qu'être surpris de cette énumération : quantum, info, bio, nano, spooky où est étrangement absent le nucléaire, mais où figure bio, cette discipline au nom ancien et qui malgré cela porte avec elle les prémisses de technologies futures importantes.

Comme bio

Ce qui unit tous ces machins quantiques, c'est leur utilisation de l'intrication, de la superposition et de la non-localité de la mécanique quantique. Si spooky se veut transversal, pour regrouper à la fois des opticiens, des théoriciens, des personnes issues des matières condensées ou des télécommunications, des informaticiens et même quelques mathématicien, le cœur reste quantique.

Pour Philip Ball, qui publie une tribune dans Nature, cette tentative est vaine, pour moi elle peut même se révéler contre-productive.

C'est de bio, et non pas de nano dont il faut s'inspirer. Il faut redonner au terme quantique sa signification et la populariser, ce qui demande évidement un effort accru par rapport à un simple changement de nom commercial. Si les commerciaux donne des noms de science fiction à des appareils industriels, c'est leur problème. Celui des scientifiques, ce n'est pas de trouver un nom capilotracté, c'est au contraire une démarche pédagogique en expliquant pourquoi la communauté scientifique utilise ces termes, pas en les cachant au grand public, c'est faire preuve d'une supériorité dont les scientifiques ne peuvent plus se permettre à l'heure des attaques quelle subit, notamment celle du dessein intelligent.

Notes

[1] ah oui remarquez aussi la disparition totale du mot mécanique systématiquement remplacé par celui d'information, nous ne sommes plus au XIXème siècle...