J'avais déjà fait état d'une coïncidence entre la parution du dernier
album studio de Noir Désir, des visages des figures, avec les attentats du 11
septembre. Coïncidences pour certains, prémonition pour d'autres. On peut aussi
se demander s'il n'y avait pas là une expression artistique forte : ce
groupe terriblement militant, effroyablement en phase avec le monde. Un peu
comme si une catastrophe sur l'Occident flottait dans l'air et que seuls les
artistes pouvaient capter. Leur job.
Seconde pierre à ma théorie, ce qui se passe dans les banlieues d'un côté,
Luc Brunschwig d'un autre. C'est un scénariste de bandes dessinées, un mec
brillant, fin, qui donne profondeur et réalisme à ses personnages. Je l'ai
découvert avec Le pouvoir des innocents
, eu confirmation avec
L'esprit de Waren
. Actuellement, il travaille sur plusieurs projets,
entre autres, La mémoire dans les poches
et Le sourire du clown
.
Ces livres-ci partagent le thème des enfances difficiles, précaires aux usa ou
en France.
Des enfants jamais abandonnés qui
trouvent toujours sur leur chemin une âme secourable (rarement de vrais
idéalistes, pas toujours aussi efficaces qu'ils le souhaiteraient, avec des
moyens parfois douteux : des humains, quoi) et une chance dans la vie. En
France, c'est dans les banlieues
qu'elle prend place avec des
djeuns
. Dans Le sourire du Clown, la cité est un plus qu'un cadre, c'en
est presque un personnage. On y voit avant tout des vies, tragiques ou
heureuses, banales ou extraordinaires, mais aussi l'embrasement de la cité, des
cocktails molotov contre les keufs et des bandes (plus ou moins) organisées. Le
premier tome a paru à l'automne 2005, le second il y a quelques jours. C'est
vraiment dans l'air du temps, et je n'y vois aucun opportunisme. (Un troisième
tome est prévu)
Les services secrets devraient sérieusement penser à augmenter leurs budgets de mécénat.